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Baromètre 2026 du fait religieux en entreprise - Institut Montaigne

Depuis 2013, l'Institut Montaigne propose un baromètre qui évalue la place du fait religieux en entreprise. Découvrez les principaux enseignements tirés de l'édition 2026 de ce baromètre.

Le Baromètre du fait religieux en entreprise rend compte de la réalité de l’expression de la foi au travail. Au niveau méthodologique, cette étude repose sur des questionnaires envoyés à 25 000 personnes, cadres ou personnel encadrant, et salariés se déclarant croyant et pratiquant des principaux cultes présents en France (chrétiens catholiques et évangéliques, musulmans, juifs). Après exclusion des questionnaires non remplis ou non exploitables, 1432 questionnaires ont été analysés du côté des encadrants, et 1651 du côté des salariés pratiquants. A ce volet quantitatif, s'ajoute une enquête qualitative fondée sur des entretiens menés avec des salariés croyants et pratiquants des différents cultes mentionnés.

Dans cette édition 2026 proposées par l'Institut Montaigne, le directeur de l’Observatoire du Fait Religieux en Entreprise Lionel Honoré fait état d’un phénomène qui devient de plus en plus visible.  Plusieurs constats ressortent de cette nouvelle édition :

Un fait religieux de plus en plus présent dans les situations au travail

Tout d'abord, 79 % des répondants déclarent repérer des faits religieux dans leur situation de travail, régulièrement ou occasionnellement, ce qui constitue le niveau le plus élevé depuis la création du baromètre en 2013. Le port de signes religieux devient le premier fait religieux observé au travail. Il est cité par 50 % des répondants en 2026, contre 34 % en 2024 et 21 % en 2022. Chez les salariés croyants et pratiquants, 55 % déclarent porter ou avoir déjà porté un signe religieux au travail.

Le fait religieux au travail concerne l'ensemble des cultes. Cependant si le fait religieux attribué au christianisme et au judaïsme reste stable dans le temps, la hausse de la présence du fait religieux au travail est le plus souvent attribuée par les répondants à la religion musulmane.

Une expression religieuse en mutation

Le baromètre indique : "L’enquête 2026 confirme la bascule du genre du fait religieux au travail qui devient de plus en plus féminin". En effet, sur cette édition 2026, 31% des situations d'expression religieuse repérées par les répondants sont liées à des femmes, et 26% à des hommes. D'autre part, le fait religieux au travail semble rajeunir. "Les 20-25 ans regroupent près d’un fait religieux sur quatre", tandis que "les salariés pratiquants les plus âgés expriment moins leur religiosité au travail. Presque les trois quarts des faits (73 %) sont associés à des salariés de moins de 35 ans". Le rapport souligne que quelle que soit la tranche d'âge concernée, les faits religieux qui sont le plus souvent identifiés renvoient au port de signes religieux et aux demandes d'absence et d'aménagement du temps de travail.

Les secteurs les plus marqués par le fait religieux au travail sont l'industrie, le commerce, la grande distribution, le transport, ainsi que le domaine de la sécurité et du nettoyage. Les catégories socioprofessionnelles les plus représentées sont les ouvriers et les employés (qui représentent 75% du total).

Enfin, la majorité des salariés pratiquants ayant répondu à l'enquête perçoivent de manière positive l'impact de leur religion sur leur travail (63%).

Une majorité de comportements banals et bien acceptés, malgré quelques exceptions

La grande majorité des faits religieux observés en entreprise renvoient à des formes d'expression religieuse banales. Le port de signes religieux et les demandes d'absences et d'aménagement du temps de travail pour motifs religieux sont de loin les expressions religieuses les plus observées. Le rapport note donc que si ces expressions sont en hausse, elles "majoritairement perçues comme peu perturbatrices". Les comportements qualifiés de "rigoristes" sont minoritaires mais en progression (17% de comportements religieux jugés rigoristes observés régulièrement par les répondants en 2026, contre 12% en 2020). Par exemple, 8% des répondants ont indiqué avoir déjà vu des refus de serrer la main d'une femme, 5% des publications religieuses sur les canaux de messagerie professionnels, 2% des prières collectives. Le degré d'acceptation du fait religieux lorsqu'il se manifeste sous ces formes est moindre. Le rapport indique donc que les tensions qui peuvent exister autour de l'expression religieuse dépend de la forme qu'elle prend : "Plus les faits observés dans les situations sont peu perturbateurs (ports de signes, demandes de congés, etc.), moins les répondants identifient d’impacts négatifs. À l’inverse, plus les faits perturbateurs sont présents (refus de réaliser des tâches, prières pendant le temps de travail, etc.), plus ces impacts négatifs sont signalés par les répondants".

D'autre part, en parallèle de la hausse du fait religieux en entreprise, le baromètre note une augmentation de l'observation par les répondants de situation stigmatisante ou discriminante. La part des répondants ayant déjà observé ce type de situation est de 37% alors qu'elle était de 19% en 2019. Le rapport indique que "toutes les religions sont concernées par ces questions de stigmatisation et de discrimination, que cela soit dans les rapports avec ses collègues ou l’encadrement mais aussi dans les processus de gestion de l’entreprise, notamment les d’embauche".

Des outils de gestion du fait religieux en progression, mais encore insuffisants

Enfin, l'étude note que la part des entreprises régulièrement concernées par le fait religieux qui se dotent d'outil de gestion du fait religieux augmentent dans le temps, mais reste encore minoritaire : "La part des entreprises qui ont mis en place au moins un dispositif atteint 25 % en 2026. 17 % d’entre elles n’ont aucun dispositif." De plus, si on s'intéresse spécifiquement aux cadres ayant répondu à l'enquête, moins de la moitié estiment avoir une connaissance satisfaisante du droit (48 %) en matière de fait religieux au travail. Ainsi, plus de 80% des salariés pratiquants confrontés à des situations de tension ou de discrimination déclarent y faire face seuls.

Il est par ailleurs intéressant de noter un paradoxe. Le rapport explique : "81 % des répondants pensent que le principe de neutralité religieuse issu de la laïcité devrait être étendu au champ des organisations privées. Ils n’étaient que 36 % en 2019. Dans le même temps, la part des répondants qui considèrent que la liberté religieuse doit être prise en compte, même si elle reste majoritaire, diminue encore pour atteindre 59 %". Ces éléments montrent qu'un certain nombre de répondant ne sont sans doute pas au clair sur ce que signifie le principe de neutralité et le principe de liberté religieuse. On rappellera à ce titre que la loi Travail de 2026 a réaffirmé que le principe de base qui s'applique en entreprise demeure la liberté pour le salarié d'exprimer ses convictions religieuses. Des exceptions sont possibles avec une restriction de cette liberté pour des motifs d'hygiène, de sécurité ou de bon fonctionnement de l'entreprise. Ces restrictions sont très encadrées par le droit et doivent être inscrites dans le règlement intérieur de l'entreprise.

Vous pouvez retrouver ci-dessous le baromètre 2026 dans son ensemble :

Baromètre du fait religieux en entreprise - 2026 - Institut Montaigne

Poids : 830.43 Ko
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Publié le 28 juillet 2026