Le Comité Régional des Associations de Jeunesse et d'Education Populaire des Hauts-de-France (CRAJEP) [1] mène depuis plusieurs années une recherche-action autour des enjeux d'Education à la Citoyenneté Numérique (ECN) auprès des jeunes et de leurs accompagnants. Sophie BACLET et Joachim TUAL, tous deux coordonnateurs de ce projet avaient d'ailleurs présenté un certain nombre de résultats de cette recherche-action lors d'un webinaire organisé par le CRPRS et l'IREV sur les pratiques numériques des jeunes en QPV [2].
Le CRAJEP a récemment partagé un nouveau rapport consacré aux usages numériques des jeunes et aux représentations de leurs accompagnants, à partir de 54 entretiens réalisés entre 2023 et 2025. Ce rapport cible 4 thématiques en particulier : santé mentale, parentalité, éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS) et intelligence artificielle.
Socialisation au numérique, hyperconnexion et stratégies de régulation
Le rapport s'intéresse d'abord à la manière dont les jeunes découvrent les outils numériques dans leurs familles. Beaucoup de jeunes parlent des soirées partagées avec leurs parents autour de séries télévisées ou de jeux vidéos comme des premiers moments communs autour du numérique, tandis que les accompagnants témoignent plutôt d'instants de vie scolaires et professionnels.
Par ailleurs, les logiques de contrôle parental sur les outils numériques des enfants sont assez importantes. Parmi les enfants de moins de 10 ans rencontrés durant l'enquête, aucun n'est sur les réseaux sociaux. Cependant, il semblerait que les règles s'étiolent à mesure que les enfants prennent de l'âge. Le contrôle à l'adolescence se fait moins présent et il est aussi plus facilement contourné par les jeunes. En outre, le rapport souligne que beaucoup de jeunes témoignent du fait que les règles imposées par leurs parents sont connues mais n'ont le plus souvent pas été justifiées en amont. L'absence de justification et parfois même de discussion autour de ces règles entraîne souvent une contestation voire un contournement de ces dernières.
D'autre part, les entretiens menés ont montré qu'un fort sentiment d'hyperconnexion existe et ce aussi bien du côté des jeunes que de leurs accompagnants. Les formats de vidéos courtes sur certaines plateformes (Tiktok, Youtube, Instagram) sont particulièrement cités à cet égard. Si les jeunes se montrent aussi inquiets que leurs accompagnants vis-à-vis de cette hyperconnexion, ils semblent plus en capacité de mettre en place des stratégies de régulation : blocage paramétré, désinstallation de l'application ou mise en place d'alarme leur permettent d'être moins captifs face à ces applications.
Jeux-vidéos et Intelligence artificielle (IA)
Différentes pratiques numériques sont abordées par cette recherche-action. Les jeux-vidéos sont largement cités par les jeunes comme outil participant au bien-être, parce qu'ils permettent d'incarner un personnage, de se construire une nouvelle identité et d'établir de nouvelles interactions sociales. Plusieurs jeunes victimes de harcèlement soulignent également que les jeux représentent pour eux une forme d'échappatoire dans laquelle ils ne se sentent plus jugés et moqués par les personnes avec lesquelles ils jouent - celles-ci ne faisant pas forcément partie de leurs camarades à l'école. En outre, les jeunes interrogés indiquent être prudents avec les personnes inconnues rencontrées en ligne, et ce tout particulièrement sur les jeux vidéos. En effet, lorsqu'ils ont le sentiment d'avoir affaire à une personne suspecte en ligne, les jeunes n'hésitent pas à bloquer ou à signaler le compte en question ou à alerter leurs parents.
Si les jeux vidéos bénéficient d'un regard positif, ce n'est pas le cas de l'intelligence artificielle (IA). L'ensemble des générations interrogées durant l'enquête témoigne d'un fort sentiment de crainte vis-à-vis de l'IA. Toutes les personnes interrogées ne l'utilisent pas et le niveau de maîtrise de l'outil est pour l'instant faible. En outre, l'inquiétude que génère l'IA est large et liée à plusieurs domaines : risques pour la créativité, risques de manipulation de l'information et des images, pertes d'emploi, diminution des capacités intellectuelles... L'IA est aussi l'objet de crainte pour certains jeunes qui y voient le risque qu'une machine prenne un rôle de confident à la place d'un humain.
