Dérives sectaires et endoctrinement : identifier et prévenir

Le collectif "Ensemble, on fait quoi ?" a débuté l'année 2026 avec une double-intervention autour de l'identification et de la prévention des phénomènes d'endoctrinement sectaire.

Le collectif "Ensemble, on fait quoi ?" s'interroge depuis de nombreuses années sur les phénomènes de radicalisation. Pour ce début d'année 2026, il a voulu aborder les enjeux de dérives sectaires. Audrey Foulon, directrice du CAFFES (Centre national d'accompagnement familial face à l'emprise sectaire) est venue présenter l'évolution des phénomènes sectaires et les mécanismes de l'emprise auxquels il convient de prêter attention. Cette conférence a rassemblé plus de 100 professionnels qui ont donc pu en apprendre plus sur l'identification et la prévention de ces phénomènes. L'occasion également de s'interroger sur les similarités et les différences entre emprise sectaire et processus de radicalisation.

Les phénomènes sectaires évoluent mais les rouages restent les mêmes

Audrey Foulon a d'abord expliqué qu'on parle aujourd'hui moins de "sectes" mais plutôt de "dérives sectaires". Cette distinction permet d'analyser ces phénomènes à travers un prisme qui peut rassembler des situations qui semblent très variées mais qui reproduisent toutes des mécanismes similaires. Le travail de prévention à l'heure actuelle se concentre donc moins sur de grandes structures qu'on appelait "sectes" dans les années -70, mais plutôt sur des groupes plus restreints voire sur des manipulateurs individuels qui cherchent à exercer une emprise. 

Les dérives sectaires concernent aujourd'hui des secteurs variés. Le champ médical est particulièrement suivi puisqu'on remarque depuis plusieurs années une hausse des dérives liées aux pratiques de soins non conventionnelles (PSNC). Le domaine du coaching, du bien-être et du développement personnel est lui aussi surveillé par la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES). Audrey Foulon a souligné que le CAFFES suit aussi différentes dérives liées à des cultes charismatiques et à de nouvelles mouvances évangéliques.

Elle a ajouté que les canaux de l'emprise se diversifient aujourd'hui, d'où la nécessité d'adapter le travail de suivi et de prévention. En effet, les réseaux sociaux et les plateformes de jeux vidéos sont devenus des lieux virtuels sur lesquels les manipulateurs individuels prolifèrent et cherchent à approcher de nouvelles personnes vulnérables. Si les phénomènes évoluent, les rouages de l'emprise restent néanmoins les mêmes comme l'explique Audrey Foulon. Cette emprise s'effectue en 3 phases :

  • La séduction : phase durant laquelle le manipulateur cherche à gagner la confiance de la personne ciblée. Après avoir analysé ses vulnérabilités, il tente de créer avec elle une relation de confiance et de confidence.
  • L'endoctrinement : phase qui consiste à rendre la personne ciblée dépendante du manipulateur. Celui-ci cherche à affaiblir l'esprit critique de la victime à travers diverses techniques.
  • La rupture : phase qui a pour objectif de couper la personne ciblée de ses relations et réseaux antérieurs (famille, amis, travail, loisirs...). Le but est d'isoler la victime de son entourage afin de la rendre encore plus vulnérable et totalement dépendante du manipulateur.

Le CAFFES et son rôle dans l'accompagnement des familles

Audrey Foulon a donc insisté sur l'importance de la détection. La première mission du CAFFES est d'informer les familles et les professionnels à travers des ressources pédagogiques permettant de comprendre ce qu'est l'emprise sectaire et de l'identifier. Le CAFFES donne ainsi accès sur son site aux 10 critères de dangerosité et aux 10 critères d'emprise mentale permettant à chacun d'être vigilant sur d'éventuelles situations d'emprise. Le travail de sensibilisation auprès des publics (notamment des jeunes) et des professionnel est donc essentiel.

Au-delà de ce travail de prévention, le CAFFES accompagne les victimes d'emprise sectaire et leurs familles. La structure dispose de plusieurs personnes formées à l'écoute sur ce type de sujet et capables d'aider les familles dont un membre pourrait être sous emprise. Elles conseillent alors les famillles quant à l'attitude à adopter et aux bons réflexes à avoir avec la personne sous emprise. Audrey Foulon a insisté sur l'importance de conserver le lien à tout prix : en effet, l'emprise sectaire consiste à isoler une victime de ses proches pour la rendre vulnérable. Dès lors, le premier moyen de lutter contre l'emprise est de conserver le lien, de refuser de juger une victime, et d'adopter une posture basse et d'écoute.

Enfin, le CAFFES propose un accompagnement pour permettre à des victimes de sortir de l'emprise. Cet accompagnement s'articule autour de 3 axes : un axe socio-éducatif, un axe psychologique, et un axe juridique. Pour ce faire, le CAFFES collabore étroitement avec des psychologues et des avocats spécialistes des questions d'emprise.

Le témoignage d'une famille touchée par l'emprise

La prise de parole d'Audrey Foulon a été suivie par celle de Lydie Maninchedda. Cette enseignante a livré un témoignage qui a illustré les propos d'Audrey Foulon et les mécanismes de l'emprise sectaire. 

Sa fille Julie s'est convertie à l’islam durant ses études. Elle a rencontré un homme allemand impliquée dans une mouvance salafiste radicale qui l'a progressivement faite basculer dans cette mouvance. Sous son emprise, Julie a suivi son mari en Syrie pour rejoindre l'Organisation Etat Islamique en 2014. Lydie Maninchedda a expliqué comment l'emprise s'est progressivement installée et la façon dont elle a vu sa fille s'éloigner petit à petit d'elle et son mari. A l'époque, ils décident de faire appel au CAFFES pour comprendre ce qui arrive à leur fille et réalisent alors qu'elle est victime d'emprise.

Mariée, isolée, privée de liberté, Julie décède en Syrie en 2018, laissant trois enfants. Aujourd’hui, Lydie Maninchedda élève ses petits-fils, rapatriés d’un camp syrien. Elle a évoqué le travail d’accompagnement psychologique, la complexité des démarches institutionnelles, mais aussi l’importance de pouvoir expliquer aux enfants leur histoire, sans nier la réalité, ni diaboliser leurs parents. Elle poursuit par ailleurs ce travail de pédagogie en livrant son témoignage dans les médias, auprès de collégiens et lycéens dans les écoles ou encore auprès de personnes détenues en prison.

Son témoignage a permis de mettre en lumière les liens qui peuvent exister entre processus de radicalisation et emprise sectaire. Il a également permis de souligner que l'emprise sectaire peut concerner tout le monde et qu'aucune origine sociale ne permet de s'en prémunir. 

Vous pouvez retrouver ci-dessous l'interview en format court d'Audrey Foulon et de Lydie Maninchedda :

Interview d'Audrey Foulon et de Lydie Maninchedda - Emprise sectaire et radicalisation