Dans le cadre du Festival « L’IA avec nous » initié par la Région Hauts de France, en juin 2026, l’IREV et le CRPRS ont organisé un webinaire dédié à « Intelligence artificielle et quartiers prioritaires de la politique de la ville. L’occasion de partager quelques notions clefs sur l’IA et ses usages potentiels en politique de la ville, ses atouts mais aussi ses risques en termes de respect des droits fondamentaux ou de désinformation.
Intelligence Artificielle : de quoi parlons-nous ?
Sylvie Ruin, Keyslia consulting, a présenté une introduction à l'intelligence artificielle (IA) en expliquant son évolution sur 70 ans, depuis le « machine learning » jusqu'aux IA génératives comme ChatGPT. L'IA fonctionne comme un super calculateur basé sur des mathématiques et des probabilités, sans véritable compréhension humaine. La récente innovation repose sur une forme de démocratisation des outils d’IA : ceux-ci sont désormais accessibles à tous, et il est désormais possible de dialoguer en « langage naturel » avec ceux-ci.
Véra : une solution IA de fact checking
Florian Gauthier, co-fondateur de l’ONG La Réponse.tech, a illustré les risques de l'IA. Ainsi l'exemple de fausses informations qui circulent sur une grande ville comme « ville la plus dangereuse de France », montre comment les IA généralistes répètent des fausses informations sans discrimination entre sources fiables ou non. Pour contrer ces phénomènes, Il a développé Vera, une solution de fact-checking conçue pour transformer la vérification d'informations en réflexe quotidien.
Portée par une ONG, ce service de vérification des faits est accessible via téléphone, WhatsApp et Instagram, connecté en temps réel à plus de 500 sites de fact-checking et de médias fiables. Depuis son lancement il y a presque deux ans, Vera a reçu plus de 700 000 questions anonymes et a détecté plus de 50 fake news.
Sa capacité a permis notamment de détecter la fake news sur Jessica Radcliffe deux semaines avant qu’elle ne devienne un sujet médiatique. L'organisation a créé un observatoire de la désinformation qui permet de cartographier les sujets de désinformation et de détecter les fake news émergentes pour aider les fact-checkers et les médias à combattre la propagation de fausses informations. Vous pouvez utiliser l'outil Vera et avoir plus d'informations via le lien suivant.
Discrimination et Intelligence Artificielle
Après avoir rappelé les missions du Défenseur des Droits, Anne Claire Grandjean, cheffe du Pôle régional Hauts-de-France de cette Autorité administrative indépendante, a présenté les actions du Défenseur des droits concernant l'utilisation des algorithmes dans les services publics. En effet, alors que les algorithmes et les systèmes d’IA sont déployés de plus en plus massivement dans les politiques publiques et les services publics, l’action publique comme les droits des usagers concernés s’en trouvent substantiellement affectés. On constate ainsi une automatisation partielle ou totale de décisions administratives individuelles, prises sur la base de résultats livrés par des algorithmes ou des systèmes d’IA. Les réclamations reçues par l’institution demeurent néanmoins peu nombreuses, « les réclamants contestent davantage le résultat des décisions dont ils sont l’objet que le processus qui y a conduit. En effet, les modalités de prise de décision, dont le caractère automatisé et le fonctionnement, voire les éventuels biais, ne sont pas visibles de façon directe ».
Les investigations du Défenseur des droits ont permis d'identifier des cas de discrimination, par exemple une salle de sport qui utilisait une IA pour gérer l'accès aux vestiaires en se basant sur le titre professionnel, ce qui a discriminé une pédiatre. Elle a également mentionné une décision de 2019 concernant l'utilisation de critères de résidence administrative par le ministère de l'enseignement supérieur, ainsi qu'une affaire de 2023 concernant le logiciel Affelnet utilisé par l'éducation nationale.
Soulignant les risques de discrimination avec l’utilisation de critères prohibés par la loi, le Défenseur des Droits recommande dès lors une plus grande transparence et formation des professionnels afin de respecter « la vision d’un service public devant toujours conserver son rôle de soutien et de service au public, par le respect des grands principes de continuité du service, d’égalité de tous devant le service et d’adaptabilité aux besoins des usagers. » Pour retrouver le rapport du Défenseur des Droits sur l'IA et les services publics, cliquez sur le lien suivant.
Intelligence artificielle et politique de la ville : des applications pratiques à explorer et encadrer
Sylvie Ruin accompagne les professionnels pour un usage serein et encadré de l'IA. Elle souligne qu'un tel usage est également possible pour les professionnels de la politique de la ville. L’usage de l’IA en contexte professionnel impose deux préalables :
- Intégrer la loi de Pareto à sa pratique en concentrant ses efforts sur les 20% de la démarche qui produiront le plus d’impact : le(s) prompt(s) en amont et la démarche d’itération, de dialogue et d’esprit critique (l’usage de l’intelligence humaine) sur les résultats fournis par l’IA ;
- Se doter d’une méthode de rédaction de prompts structurée et claire. Cela permet ensuite de gagner en temps et en efficacité.
Plusieurs cas d'usage concrets en politique de la ville ont été exposés durant le webinaire :
- Réaliser une synthèse automatisée d'entretiens avec des bailleurs sociaux afin de préparer un comité de pilotage visant à consolider les coopérations ;
- Reconstituer la chaine des intentions de mon contrat de ville afin de bâtir le référentiel d’évaluation du contrat de ville ;
- Démocratiser des sujets complexes, par la vulgarisation de concepts techniques comme l'abattement de Tfpb ou tout autre dispositif et démarches aux services des habitants des QPV ;
- Renforcer le pouvoir d'agir des acteurs pour répondre à des appels à projets.
Ainsi, l'IA permet aux professionnels de gagner du temps en structurant les analyses et en identifiant les points de convergence, de divergence et les angles morts, toutefois l'expertise humaine reste indispensable pour interpréter et améliorer les résultats.
A retenir : ces usages professionnels appellent une vigilance accrue sur la confidentialité des données (l’utilisation d’un compte gratuit, de données non anonymisées… ne sont pas recommandées) qu’une gouvernance opérationnelle et institutionnelle doit pouvoir encadrer en structurant des cadres d’usage sécurisés.
Retrouvez ci-dessous le replay complet de ce webinaire :