La radicalisation des mineurs : une menace en hausse et de nouveaux défis
L'implication d'individus jeunes - et particulièrement de mineurs - dans l'extrémisme violent pose de nouveaux défis aux décideurs politiques, aux professionnels impliqués dans les politiques de prévention et aux chercheurs. Le EU knowledge Hub on Prevention of Radicalisation [1] souligne que des données récentes indiquent que près d'un tiers des arrestations liées à des faits de terrorisme dans l'Union Européenne concernent des mineurs ou de jeunes adultes. Cette tendance est également observée en France et est suivie de près par les services de renseignement et le Parquet National Antiterroriste (PNAT). Ce phénomène est pris en considération par les autorités nationales et est au coeur des politiques publiques de prévention de la radicalisation. Il est notamment suivi par le CIPDR qui propose de nombreuses clés de compréhension de la radicalisation chez les jeunes dans ses formations [2].
Ce phénomène interroge parce qu'il se trouve à l'intersection de facteurs sociologiques, psychologiques, mais aussi d'enjeux liés au numérique par exemple. Parce qu'ils sont dans une phase de développement émotionnel et cognitif très particulière, les mineurs sont particulièrement perméables aux stratégies de manipulation. L'influence d'internet et des réseaux sociaux - plateformes largement plébiscitées par les jeunes - est également un enjeu à cet égard. En Espagne, les nombreuses arrestations individus radicalisés mineurs, ont mis l'accent sur l'influence de la propagande en ligne et des stratégies de recrutement via les réseaux sociaux [3].
C'est la raison pour laquelle le EU Knowledge Hub investit particulièrement ces questions. En octobre 2025, il a organisé un événement regroupant plus de 100 participants [4] : chercheurs, décideurs politiques, praticiens, professionnels de l'action socio-éducative, psychologues ; ont pu se réunir pour réfléchir collectivement à ces enjeux. Cet événement a donné lieu à plusieurs productions que vous trouverez ci-dessous. Parmi les éléments-clés qui sont ressortis de cet événement, on peut citer :
- La nécessité de reconnaître les mineurs comme des victimes de l'extrémisme, même lorsqu'ils sont impliqués comme auteurs d'actes extrémistes. Ce cadrage sémantique semble essentiel pour de nombreux professionnels afin que l'approche préventive et réhabilitative soit privilégiée face à l'approche purement sécuritaire ;
- L'importance de comprendre le contexte dans lequel les mineurs évoluent. En effet, pour saisir ce qui peut mener à des processus de radicalisation, les professionnels soulignent qu'il est indispensable de prendre en considération l'ensemble des vulnérabilités qui les entourent (qu'elles soient psychologiques, cognitives, socio-économiques...) ;
- Le lien entre radicalisation des jeunes et polarisation de la société. Il semblerait que la hausse des mineurs impliqués dans des processus de radicalisation soit liée à une normalisation plus globale des discours radicaux dans la société ;
- La fascination pour la violence. En effet, cette appétence pour les images violentes - notamment en ligne - semble centrale dans les processus de radicalisation des jeunes. Plusieurs chercheurs indiquent qu'il semblerait que le processus de radicalisation des jeunes soit peu appuyé sur un engagement idéologique fort, mais plutôt par une appétence pour la violence qui se trouve justifiée a posteriori par un cadre idéologique.
Le EU Knowledge Hub souhaite donc poursuivre les recherches et échanges sur ces enjeux. L'échange de pratiques entre professionnels et décideurs politiques de divers pays européens semble à cet égard crucial. Plusieurs pistes ont été mentionnées pour endiguer cette hausse de la radicalisation des mineurs :
- Renforcer l'identification précoce des processus de radicalisation, notamment à travers la sensibilisation des professionnels concernés sur ces enjeux ;
- Construire une résilience numérique en donnant les outils aux professionnels et aux parents pour accompagner les pratiques numériques des jeunes et prévenir les dérives extrémistes en ligne ;
- Promouvoir une approche globale avec une coopération entre toutes les sphères professionnelles concernées : éducateurs, professionnels de la santé mentale, services de protection de l'enfance, professionnels de l'éducation, mais aussi la société civile.
Pour plus d'éléments à ce sujet, vous pouvez consulter les documents suivants :
